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Comment demander la nullité d’une vente immobilière pour erreur ?

| Publié le 01/06/2018

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SOMMAIRE

Il peut arriver pour plusieurs raisons qu’un acheteur souhaite annuler le contrat de vente d’un immeuble auquel il a consenti. Outre le cas où l’une des parties ne respecte pas ses obligations, la nullité d’une telle vente est possible en cas de vices de consentement ou lorsqu’il existe un vice caché. La Cour de cassation s’est prononcée sur une demande de nullité d’un contrat de vente pour erreur (Cass. 1ère Civ, 25 janvier 2017 n°15-17.517 15-20.449). Avocats Picovschi vous explique.

Comme tout contrat, un contrat de vente ne peut être conclu que lorsque les parties se sont mises d’accord sur la chose et le prix. En outre, les parties doivent donner un consentement libre et éclairé, ce qui signifie que les parties doivent consentir au contrat en tout connaissance de cause. Cependant, il peut arriver que ça ne soit pas le cas. Dans cette hypothèse, on parle alors de vices de consentement. Ainsi, au titre des vices du consentement, l’erreur et le dol sont majoritairement invoqués par l’acheteur. En effet, il est rare de conclure un contrat de vente sous la violence.

Les vices du consentement

Le dol constitue une erreur provoquée du cocontractant ; ce sont toutes les manœuvres effectuées par ce dernier pour faire inciter l’autre partie à conclure. Dans le cadre d’une vente d’immeuble, le dol le plus fréquent correspond à la réticence dolosive : dans la pratique, il s’agit pour l’un des cocontractants de cacher à l’autre partie, une ou plusieurs informations déterminantes à la conclusion de la vente. Il s’agit donc de tromper l’autre en vue d’obtenir son consentement.

L’erreur quant à elle, existe lorsque le cocontractant se méprend lui-même sur la réalité. Il a donc une représentation inexacte de la réalité qui vicie son consentement. Pour que l’erreur puisse permettre d’annuler le contrat, et en l’occurrence ici un contrat de vente, l’erreur doit être déterminante du consentement du cocontractant et doit être excusable. Pour qu’une erreur soit déterminante, elle doit porter sur les qualités substantielles du bien, objet du contrat.  C’est d’ailleurs ce que reprochait l’acheteur dans l’arrêt rendu par la 1ère chambre civile de la Cour de cassation le 25 janvier 2017.

Les faits de l’affaire

Par acte notarié, une vente d’un bien immobilier à usage d’habitation à rénover a été conclue pour un prix de 130 000 €. Pour ce faire, l’acheteur avait contracté un prêt à la banque. Après avoir reçu un procès-verbal d’infraction, suite aux travaux entrepris par l’acheteur sans autorisation administrative (dont notamment la pose d’une toiture), celui-ci a régularisé sa situation par une déclaration préalable de travaux.

Cependant, la mairie s’est opposée aux travaux. L’acheteur a alors demandé au Tribunal administratif d’annuler la décision du maire. Le tribunal a rejeté le recours contre cette décision dans la mesure où l’immeuble a perdu son caractère d’habitation, depuis de nombreuses années, en raison de son état de délabrement.

L’acheteur a alors décidé d’exercer un recours contre le vendeur en annulation de la vente pour erreur sur les qualités substantielles du bien, contre la banque en annulation du prêt et contre le notaire en responsabilité civile professionnelle pour manquement à son devoir de conseil.

Sur la nullité du contrat de vente

La Cour d’appel a rejeté la demande de nullité formée par l’acheteur. Dans un premier temps, elle a constaté que le tribunal administratif s’était prononcé après que l’acheteur ait effectué des travaux. Selon elle, l’état de ruine constaté résulte du fait de la dépose de la toiture de l’acheteur. Elle considère que l’acheteur aurait dû limiter la rénovation au ravalement des façades et des volets, ainsi qu’à l’aménagement intérieur ; que dans ces circonstances, le bâtiment n’aurait pas perdu son caractère habitable qu’il avait lors de la signature de l’acte.

La Cour de cassation a considéré que la Cour d’appel a privé sa décision de base légale dans la mesure où elle n’a pas recherché si l’immeuble avait perdu sa destination d’habitation depuis déjà de nombreuses années.

Sur la responsabilité professionnelle du notaire

La Cour d’appel retient la faute du notaire que dans la mesure où celui aurait dû éclairer les parties sur les caractéristiques de la zone et sur ses droits et obligations qui en découlaient quant à la nature des travaux.

La Cour de cassation considère que la Cour d’appel a méconnu les termes du litige dans la mesure où l’acheteur recherchait la faute du notaire qui n’avait pas vérifié si le bien avait conservé son usage d’habitation.

Par conséquent, la Haute juridiction casse et annule l’arrêt rendu par la Cour d’appel dans toutes ses dispositions et renvoie l’affaire.

Les conséquences de la nullité

Lorsque la nullité est prononcée par les juges, elle a pour conséquence de remettre les parties dans l’état dans lequel elles se trouvaient avant la conclusion de la vente, ce qui signifie que les parties se rendent mutuellement la chose et le prix prévu au contrat :

  • Il y a restitution du prix de vente, des droits d’enregistrement et de la taxe de publicité foncière à l’acquéreur ;
  • Le retour rétroactif du bien dans le patrimoine du vendeur.

Il est éventuellement possible que l’acquéreur ait a versé une indemnité d’occupation au vendeur, lorsque celui-ci est de bonne foi.

Dans tous les cas, pour faciliter l’annulation de la vente, il est vivement conseiller de faire appel à un avocat.

Comment éviter un vice de consentement ?

Lorsqu’un compromis de vente est rédigé, ce qui est fréquent pour la vente d’un immeuble, il est vivement conseillé de visiter le futur bien avant la signature de l’acte définitif de vente. C’est une des hypothèses permettant de réduire les actions en nullité pour vices de consentement et de conclure l’acte de vente avec un consentement éclairé. Cette visite permet de vérifier la conformité du bien par rapport à ce qui est précisé dans la description du vendeur lors des négociations, et de vérifier que le bien est inchangé. Dans le cas contraire, le futur acheteur peut soit décider de négocier une réduction de prix, soit refuser de signer l’acte de vente.

Avocats Picovschi, expert depuis plus de 30 ans en matière de droit immobilier, se tient à votre disposition en cas de contentieux concernant l’annulation d’un contrat de vente d’immeuble.

Source : www.legifrance.gouv.fr, « Cour de cassation, civile, Chambre civile 1, 25 janvier 2017, 15-17.517 15-20.449, Inédit », le 25 janvier 2017, par Légifrance ; www.acheter-louer.fr, « La visite avant signature : pourquoi cette démarche est-elle si importante ? », par acheter-louer

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